"La donnée au cœur du pilotage du service déchets". Armelle BRICOUT, chargée d'Etudes et d'innovation déchets à la Direction des déchets et des réseaux d'énergie de Rennes Métropole a témoigné dans la lettre d’infos : Observation et Déchets de novembre 2026 des enjeux autour des données dans le pilotage et l’évaluation de votre politique déchets. L’intégralité de l’échange est disponible ci-après.
Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux de Rennes Métropole en matière de prévention et de gestion des déchets ?
Notre premier enjeu reste la poursuite de la réduction des déchets, notamment en accompagnant davantage la sobriété dans les modes de consommation.
Nous devons encore réduire d’environ 15 kg par habitant pour atteindre notre objectif à l’horizon 2030.
Nous cherchons également à améliorer le tri, à la fois quantitativement et qualitativement. Des déchets encore valorisables se retrouvent dans les ordures ménagères résiduelles ou les encombrants en déchèterie, tandis que des erreurs de tri subsistent dans la collecte sélective.
Nous travaillons par ailleurs à faire évoluer nos déchèteries pour accueillir davantage de filières et favoriser le réemploi. Enfin, la robustesse du service face aux différents aléas, notamment climatiques, constitue également un enjeu important.
Quelle place occupent les données dans le pilotage et l’évaluation de votre politique déchets ?
Elles occupent une place centrale. Le suivi des indicateurs techniques et financiers nous permet de vérifier que nous sommes bien sur la trajectoire fixée pour 2030.
La comparaison avec les données nationales ou celles d’autres métropoles est également précieuse. Nous utilisons notamment les données disponibles dans l’open data de SINOE®-Déchets ou les données issues de ComptaCoût®, même si les publications de référence de l’ADEME restent particulièrement utiles pour nous situer.
L’un des enjeux concerne toutefois la temporalité : les données consolidées sont aujourd’hui disponibles avec un décalage qui peut atteindre deux ans. Il y a un véritable chantier à mener pour disposer plus régulièrement de données agrégées, idéalement à N+1.
En parallèle, Rennes Métropole travaille sur un projet de restitution des données aux usagers, à la fois sous une forme collective et plus individualisée, afin d’en faire également un levier de changement des comportements.
Comment utilisez-vous aujourd’hui SINOE®-Déchets et la matrice des coûts ?
Pour quels usages vous sont-ils particulièrement utiles ?
La saisie des données techniques et financières dans SINOE®-Déchets nous permet de disposer de ratios et de comparatifs de plus en plus fiables. Cela facilite la comparaison et les échanges avec d’autres collectivités, notamment celles de taille comparable à la nôtre.
SINOE®-Déchets joue également un rôle important dans l’historisation des données essentielles du service. Cette continuité dans le temps constitue pour nous un véritable gage de robustesse.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret où les données vous ont permis d’objectiver un choix ou de faire évoluer votre politique déchets ?
Nous pouvons en citer plusieurs. Les données ComptaCoût® de suivi des différents flux, en déchèterie comme en collecte, nous permettent par exemple d’adapter les grilles tarifaires de la redevance spéciale.
Le croisement des données de levées et de tonnages nous a également permis d’objectiver des décisions concernant les fréquences de collecte. Nous avons ainsi pu étayer le choix de réduire la fréquence de collecte des ordures ménagères résiduelles à une collecte toutes les deux semaines pour l’habitat pavillonnaire. Dans une partie de l’hypercentre de Rennes, les données ont également accompagné l’évolution progressive des fréquences de collecte, de 13 à 2 collectes hebdomadaires.
Quel conseil donneriez-vous à une collectivité souhaitant mieux utiliser ses données pour piloter son service déchets ?
Ne pas sous-estimer l’investissement humain nécessaire. Collecter de la donnée ne suffit pas : il faut consacrer du temps et des compétences à son suivi, à sa fiabilisation et surtout à son analyse pour qu’elle devienne réellement utile au pilotage et à la décision.
Et pour finir : quelle est la donnée déchets dont vous ne pourriez plus vous passer ?
Deux indicateurs sont incontournables pour nous :
- les kilogrammes de déchets par habitant et par an, pour suivre les performances du service,
- le coût aidé par habitant et par an, pour en suivre la dimension économique.