• Sobriété

Dans un contexte où les limites planétaires sont dépassées, la sobriété numérique est une démarche indispensable qui consiste, dans le cadre d’une réflexion individuelle et collective, à questionner le besoin et l’usage des produits et services numériques dans un objectif d’équité et d’intérêt général.

Cette démarche vise à concevoir, fabriquer, utiliser et traiter la fin de vie des équipements et services numériques en tenant compte des besoins sociaux fondamentaux et des limites planétaires.

Pour cela il est nécessaire d’opérer des changements de politiques publiques, d’organisation, des modes de production et de consommation et plus globalement de mode de vie.  

La sobriété numérique est donc complémentaire à une démarche d’efficacité qui ne peut répondre à elle seule aux enjeux cités.  Son objectif est de réduire les impacts environnementaux du numérique, de façon absolue. »

Un enjeu environnemental

On s’imagine souvent que le numérique est immatériel. Et pourtant… 

Smartphones, ordinateurs, tablettes, télévisions et autres objets connectés sont bien réels. Leur fabrication, leur usage, leur fin de vie : tout a un impact sur l’environnement ! Y compris les antennes relais, satellites, serveurs et data centers qui jouent un rôle clé dans le traitement et le stockage de nos données. 

Le numérique, omniprésent, mobilise d’énormes ressources. Saviez-vous que le secteur des technologies de l’information et des communications émet à lui seul 4,4% de l’empreinte carbone et consomme environ 10% de l’électricité en France ?  Et c’est sans compter tous les équipements numériques intégrés aux autres secteurs des transports, de l’agriculture et de l’industrie qui augmentent encore cet impact.

Avec la digitalisation croissante de nos sociétés, l’impact environnemental du numérique ne cesse d’augmenter. Outre les impacts directs liés à l’accroissement de ces usages, le numérique génère des effets indirects, les fameux « effets rebonds”. Par exemple, une antenne 5G consomme moins d’énergie qu’une antenne 4G et offre un meilleur débit. Mais attention ! Ces gains risquent d’être annulés voire dépassés par l’augmentation des usages, comme regarder des vidéos en haute définition. 

Pour réduire nos impacts environnementaux liés au numérique, plusieurs actions sont possibles.  Des changements sociétaux importants doivent s’opérer notamment en repensant nos modes de fabrication et de consommation, tant chez les fabricants de terminaux que chez les utilisateurs et opérateurs de réseaux et de centres de données. 

La pollution numérique, en France, c’est :

  • 4,4% de l’empreinte carbone, soit autant que les poids lourds !
  • 11% de la consommation électrique nationale
  • 60% de l’impact environnemental provient de la fabrication de nos appareils
  • 800 millions d’équipements, soit plus de 10 par personne en moyenne ! 

Si rien n’est fait, l’impact du numérique pourrait tripler d’ici 2050, alors que la France vise à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre.

source : ADEME-ARCEP

La pollution numérique ne se limite pas aux émissions de gaz à effet de serre, elle est multifactorielle : 

  • Épuisement des ressources : L’extraction des métaux pour fabriquer nos équipements contribue à l’épuisement des ressources naturelles. Aujourd’hui, on ne sait pas s’il y aura suffisamment de métaux et terres rares pour couvrir à la fois les besoins de la transition numérique et de la transition écologique.
  • Consommation d’eau et d’énergie : La fabrication et l’utilisation de ces équipements en sont très gourmandes !
  • Déchets dangereux : La gestion des déchets provenant de ces équipements représente un défi majeur. Ils contiennent en effet des substances nocives (les métaux lourds par exemple) qui peuvent contaminer les sols et les ressources en eau.

     

Un enjeu sociétal

Le numérique a des répercussions qui vont bien au-delà de l’environnement. C’est pourquoi nous parlons de numérique responsable. Cela englobe non seulement l’empreinte environnementale, mais aussi sociale et économique du numérique… 

Mais en pratique, qu’est-ce que ça veut dire, un numérique plus responsable ? Eh bien, ça commence par éviter et réduire la pollution numérique, tout en gardant un oeil sur les effets indirects, comme les effets rebonds…

Le numérique responsable, c’est aussi être plus éthique. Cela signifie prendre en compte les personnes en situation de handicap (accessibilité numérique), les enjeux d’inclusion et de diversité et surtout, penser aux humains derrière chaque produit ou service numérique. Par exemple, saviez-vous que plus de 40 000 enfants travaillent dans les mines de cobalt au Congo ?  Et pourtant, le cobalt est essentiel pour fabriquer les batteries de nos équipements numériques. 

Si vous voulez creuser le sujet des impacts humains relatifs au numérique, l’association SystExt (Systèmes extractifs et Environnements) fournit de bons éléments de compréhension.  Il est crucial de comprendre que ces impacts ne concernent pas seulement la fabrication de nos téléphones ou autres appareils numériques, comme l’extraction des minéraux et leur assemblage. Ils perdurent également lorsqu’on se débarrasse de nos appareils en fin de vie. Une partie de nos vieux téléphones, écouteurs, consoles de jeux et ordinateurs est encore envoyée illégalement vers d’autres pays, notamment en Afrique ou en Asie, où leur traitement cause de graves impacts sur la santé humaine et la nature. 

Enfin, n’oublions pas que les services numériques ont aussi des impacts sociaux. Par exemple, les « travailleurs du clic » qui entraînent les algorithmes des intelligences artificielles, travaillent souvent sans protection sociale, effectuant des tâches répétitives et dégradantes.

 

Un enjeu sanitaire

Les impacts environnementaux du numérique ne sont plus à démontrer, mais ses effets sur notre santé, qu’il s’agisse des jeunes ou des adultes, suscitent une attention croissante. Avec l’essor imminent de l’intelligence artificielle, ces enjeux prennent une nouvelle dimension, amplifiant des problématiques bien réelles comme le stress de l’hyperconnexion, les troubles du sommeil, la sédentarité ou encore la dépendance aux écrans. Face à ces défis, repenser nos usages devient crucial pour préserver notre bien-être.

Les jeunes : une génération vulnérable 

Les enfants et adolescents, en pleine construction de leur « capital santé », sont particulièrement exposés. Le rapport « L’impact de l’exposition des jeunes aux écrans », remis au président de la République en avril 2024, met en évidence plusieurs risques majeurs : 

  • Problèmes physiques : sédentarité, surpoids, diabète, troubles cardiovasculaires, et réduction de la qualité du sommeil.
  • Développement cognitif freiné : une exposition quotidienne aux écrans avant 6 ans nuit aux performances cognitives, langagières et socio-émotionnelles.
  • Santé mentale fragilisée : les adolescents sont plus exposés à des contenus addictifs ou violents, augmentant les risques de troubles mentaux.
  • Problème de vue : les écrans favorisent la myopie. 

À savoir : 
Depuis le 3 juillet 2025, il est interdit d’exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans dans les crèches, micro-crèches, halte-garderies et chez les assistants maternels, même en bruit de fond.
Objectif : préserver leur développement pendant les 1 000 premiers jours, période essentielle pour le langage, la motricité et les interactions sociales.

Que dit la loi ?

En France, nous sommes parmi les rares pays à avoir des lois qui encouragent le numérique responsable. Deux textes spécifiques sont à retenir :

Loi AGEC

La loi Anti-gaspillage et économie circulaire du 10 février 2020

  • Contraint les fournisseurs d’accès internet à informer leurs abonnés sur la quantité de données qu’ils utilisent et l’impact environnemental associé.
  • Exige des fabricants de certains produits électroniques et électriques de fournir des pièces détachées pendant au moins 5 ans et de communiquer sur la durée de mise à disposition des mises à jour logicielles…
  • Demande à l’État et aux collectivités locales d’intégrer des critères de durabilité dans leurs achats, en privilégiant les produits réutilisés ou reconditionnés…

Loi REEN

La loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique du 15 novembre 2021 s’articule autour de cinq objectifs clés

  • Sensibiliser tous les publics à l’impact environnemental du numérique, notamment en introduisant des formations sur le numérique responsable dans les écoles.
  • Encourager l’allongement de la durée de vie des appareils numériques en interdisant l’obsolescence programmée, et en favorisant le réemploi et la réutilisation des appareils numériques
  • Promouvoir des usages numériques plus écologiques, (par la création notamment du référentiel général d’écoconception – RGESN ; renforcement de l’information des consommateurs sur l’empreinte environnementale de la vidéo en ligne…)
  • Soutenir les centres de données et les réseaux moins énergivores en offrant des incitations fiscales et en encourageant la publication d’indicateurs environnementaux par les opérateurs.
  • Guider les collectivités à mettre en place des stratégies numériques responsables, (une obligation pour les communes de plus de 50 000 habitants)

Les bonnes pratiques

Voici ce qu'il est possible de mettre en place pour réduire l’impact du numérique sur l’environnement

Site ALT IMPACT

Boostez votre organisation avec la sobriété numérique

Vous souhaitez assurer la pérennité et le succès à long terme de votre activité ? Il est dans votre intérêt de vous engager dès maintenant dans une politique de sobriété numérique ! Quelques leviers d’actions : 

  • Responsabilité sociale et environnementale : Réduire votre empreinte écologique numérique favorise la soutenabilité de la production et l’écoconception des équipements… Vous contribuez également à améliorer l’impact social du numérique en vous assurant, lors de l’achat, de l’éthique de tous les acteurs concernés par la fabrication des équipements.
  • Image de marque : Adopter des pratiques responsables en matière de numérique peut améliorer la réputation de votre entreprise. C’est souvent un gage de qualité aux yeux de vos clients, partenaires, employés et parties prenantes !
  • Réduction des coûts : La sobriété numérique peut permettre des économies financières, en allongeant notamment la durée de vie des équipements, ce qui limite les acquisitions et le renouvellement !
  • Innovation et compétitivité : Rechercher des solutions plus sobres sur le plan numérique peut stimuler l’innovation au sein de votre organisation car cela encourage le développement de technologies plus efficaces et durables. En répondant aux attentes croissantes des consommateurs en matière de durabilité, vous renforcez également votre compétitivité.
  • Conformité légale : Deux lois, AGEC et REEN visent à transformer notre économie linéaire en une économie circulaire et à réduire l’empreinte environnementale du numérique.  Pour les grandes collectivités locales c’est d’ores et déjà une obligation. Pour les entreprises, cela doit s’intégrer pleinement dans votre politique RSE et vos engagements environnementaux.

Je passe à l’action

Les organisations aussi s’engagent ! De la sensibilisation jusqu’au déploiement de mesures de sobriété sur le territoire, découvrez comment les organisations dessinent le numérique de demain.

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